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Derniere mise à jour : 08/10/2008
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Prison Break : faut-il s'évader de la prison ?
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À l’occasion de la diffusion par M6 des derniers épisodes de la saison 3 d’une série culte, voici une petite réflexion d'un internaute sur l’univers carcéral avant un retour sur les difficultés de Wentworth Miller et ses acolytes.



Michael Scofield : l’Antigone des années 2000

Pour les non initiés, petit résumé. "Prison Break", c’est un peu l’Antigone des années 2000. Michael Scofield (Wentworth Miller), un ingénieur en génie civil plutôt rusé, veut aider son frère Lincoln (Dominic Purcell) à s’évader de la prison d’État de Fox River, où il attend d’être exécuté pour un crime dont il a été accusé à tort : le meurtre du frère de la vice-présidente des Etats-Unis. Après s’être fait tatouer le plan de la prison sur le torse, les bras et le dos, Michael braque une banque dans le but d’être condamné et incarcéré à son tour à Fox River. Il y retrouve son frère et va essayer, à l’aide de ses tatouages, de s’évader avec lui avant la date de l’exécution. L’évasion réussie à la fin de la première saison, débute alors une longue cavale pour Michael Scofield et ses compagnons d’infortune. Pour la deuxième saison, le terrain des craintes, des violences et des manipulations, n’est plus l’enclos de Fox River et ses fondations sordides mais l’imposant territoire des Etats-Unis, ses routes, ses espaces pavillonnaires et ses vastes étendues.


Un univers où l’humain est nié dans le prisonnier

Si le succès est en partie lié à la montée d’adrénaline suscitée tant par le compte à rebours, les risques d’une telle évasion, que le sex-appeal des principaux héros – ingrédients déjà au service de bien des films U.S. au premier rang desquels "L’évadé d’Alcatraz" (1979) de Don Siegel avec Clint Eastwood, c’est bien l’inhumanité des prisons américaines qui frappe le téléspectateur confortablement assis devant son téléviseur. À l’image de l’horrifiante série pénitentiaire "Oz" et du long-métrage de Steeve Buscemi (acteur phare à tête de fouine de "Reservoir dogs" et "Fargo" notamment), "Animal Factory", "Prison Break" révèle un univers où l’humain est nié dans le prisonnier, où l’homme est réduit à l’état d’animal. Quand Alexis de Tocqueville s’était arrêté aux façades des prisons, préférant voyager en s’intéressant au modèle démocratique américain et à cette société foisonnante, "Prison Break" divertit en soulignant les faiblesses d’un contre-modèle. Le constat est d’autant plus glaçant qu’à la différence des chefs d’œuvre du film d’évasion, "Les évadés" (1994) de Frank Darabont (avec Tim Robbins et Morgan Freeman) et "Midnight express" (1978) d’Alan Parker, les geôles représentées ne sont ni celles d’un autre temps – évoquent les Etats-Unis des années 1940 – ni celles d’un autre lieu – la Turquie pour "Les évadés""Midnight express" – mais celles de la première puissance économique mondiale.


«Prisons de la honte»

Si "Prison Break" n’est pas pour autant une œuvre à thèse, le goût du détail de son créateur – Paul.T.Scheuring - et cette volonté de crédibilité au service du meilleur divertissement possible alarment et interrogent sur l’usage et le bien fondé des prisons aujourd’hui. Si Michel Foucault était encore parmi nous, il n’aurait d’ailleurs sans doute rien eu à ajouter. Lui qui écrivait dans "Surveiller et punir" que la prison ne diminue pas le taux de criminalité. Elle provoque la solidarité du milieu et suscite la récidive et la délinquance. L’objectif premier de rééducation est oublié. Chacun peut s’identifier à Michael Scofield et à son idéal de justice, tout comme à son rêve de liberté. La réalité de la situation du détenu lambda n’en est que plus infamante. Et nous aurions tort de penser que les Etats-Unis et leurs 2,2 millions de prisonniers ont le monopole dans ce domaine. En effet, la France avec 61 800 détenus pour 50 560 places est régulièrement la cible des rapports internationaux. L’appel du Nouvel Observateur en Novembre 2005 contre les «prisons de la honte» et les témoignages d’anciens détenus comme Loïc Le Floch-Prigent soulignent le malaise. Le GIP (Groupe d’Informations sur les Prisons) et le CAP (Comité d’Action des Prisonniers) créés dans les années 1970 ont été bien peu entendus. Les propositions abolitionnistes et réductionnistes, jugées fantaisistes, peu écoutées. Pourtant, quand elles sont lieux d’injustice, les prisons sont l’école du crime. La protection de l’individu, premier devoir de l’Etat suppose des prisons qui amendent et non des cloaques surpeuplés. Le prisonnier, une fois libéré, n’est pas lavé des exactions commises mais marqués et étiqueté pour reprendre le langage d’H.S. Becker dans "Outsiders". La réinsertion en est d’autant plus difficile. C’est pourquoi, à l’heure du verdict du procès Fourniret et de la décision de réclusion criminelle à perpétuité incompressible, le contenu de la peine et le rôle de la prison méritent d’être interrogés.


Michel Foucault aurait pu applaudir

Revenons en à la prison de Fox River et à la série "Prison Break". Si la première saison s’est déroulée entre les murs, l’intelligence des scénaristes a été de transformer les Etats-Unis eux-mêmes en prison pour ces hommes dont l’objectif est à nouveau de s’évader, de quitter le sol américain, pour rejoindre un pays où il ne sont plus hors la loi. Là encore Michel Foucault aurait applaudi, le lieu de la surveillance n’étant plus la prison mais l’ensemble du territoire. Quand tous les moyens sont utilisés légalement pour connaître nos conversations, nos déplacements, nos projets, ne sommes-nous pas nous-mêmes en prison ? Le projet de surveillance totale conçu par Jeremy Bentham et sa panoptique trouve dans la saison 2 de "Prison Break" une illustration pertinente. Est ainsi dénoncée une élite anonyme qui observe et contrôle ses administrés, Michael et Lincoln devenant les protagonistes d’une improbable lutte des classes. Combat d’autant plus intéressant quand on connaît les écrits de Loïc Wacquant qui dans un article du Monde Diplomatique de Juillet 1998 s’attaquait à «L’emprisonnement des "classes dangereuses" aux Etats-Unis», remarquant que les prisonniers y sont pour la moitié d’entres eux Noirs et pour 25% Latinos.


Après deux années de course contre la montre, la troisième saison est celle de l’essoufflement

Après deux saisons inventives et passionnantes, deux courses contre la montre où le sprinter Scofield s’est mué en marathonien, la troisième, dont M6 diffuse demain soir les deux derniers épisodes, est celle de l’essoufflement. En panne d’inspiration, les scénaristes longtemps en grève fin 2007, n’ont pas su renouveler l’intrigue. Scofield est retourné à la case prison, au Mexique cette fois, sans passer par la case départ. Au lieu de toucher 20 000 francs, les aventures s’enlisent et ne font que ressasser les mécanismes du succès des opus précédents sans aucune originalité. Le recours à la torture, élément du triomphe de la série "24" outre-atlantique, y est exploité sans aucune intensité. Au final, ce sont les téléspectateurs qui s’évadent. Pour les producteurs, les causes sont extérieures. Le décès de Sara Tancredi (Sarah Wayne Callies), la Juliette du Romeo Scofield a heurté les fans et provoqué la désaffection du public féminin. Or, le coup de force scénaristique est lié à une histoire de gros sous nous dit-on, l’actrice Sarah Wayne Callies aurait exigé un rôle et un cachet plus importants. De même, le coming-out du sex-symbol Wentworth Miller, vivant depuis l’été 2007 une romance avec l’acteur canadien Luke Mac Farlane, aurait également désespéré bien des téléspectatrices. Qu’à cela ne tienne ! Les producteurs ont lancé une quatrième et sans doute ultime saison où Sara Tancredi (pourtant décapitée au début de la saison 3) ressuscitera et confieront un rôle plus étoffé à Dominic Purcell (Lincoln) pour reconquérir la gente féminine, tant pis pour les incohérences scénaristiques ! Un "Prison Break" au féminin serait également en préparation.


Wentworth Miller, éternel prisonnier ?

Pour Wentworth Miller, comme le délinquant victime de l’étiquetage, il y a fort à parier que la carrière dorée qui lui était annoncée tournera court. On connaît la frilosité hollywoodienne pour les acteurs assumant cette préférence. Le passage du petit au grand écran ne sera pas évident. Dommage, diplômé de Princeton, chanteur à capella, ambassadeur de l’Unicef, déjà nommé au Golden Globes et élu homme le plus sexy de l’année en 2006, il n’a pourtant rien à envier aux Georges Clooney et autres Patrick Dempsey.



NB : Je ne suis pas trop d'accord avec ce qui est dit au sujet de la saison 3.